Thérapie d’intégration auditive

kid-headphonesLa thérapie d’intégration auditive a été créée dans les années 1960, en France, par le Dr Alfred Tomatis, un oto-rhino-laryngologiste. La méthode Tomatis, permet aux cliniciens de traiter leurs patients avec des vibrations musicales, des chants grégoriens et des voix filtrés à l’aide d’un dispositif électronique. Leur objectif est de rééduquer l’oreille de leurs patients. Le Dr Guy Bérard, également médecin, a été formé par le docteur Tomatis. Ayant trouvé la méthode Tomatis trop chronophage et coûteuse (de 100 à 150 heures ou plus au total et séances pouvant s’étaler sur des semaines, des mois ou des années), le Dr Bérard a élaboré son propre dispositif électronique qui permet aux patients d’écouter de la musique filtrée durant dix heures au total sur une période de dix jours.

La technique du Dr Bérard diffère de celle du Dr Tomatis en ce sens qu’elle est axée sur l’hypersensibilité auditive. Dans sa pratique, le Dr Bérard met l’accent sur l’aide aux enfants éprouvant des difficultés d’apprentissage à l’école. Selon le Dr Bérard, les problèmes de traitement du son peuvent se produire chez une personne qui entend beaucoup mieux certaines fréquences sonores que d’autres. Par exemple, une personne peut être hypersensible aux fréquences de 2000 et de 8000 Hertz, ce qui ne l’empêche pas d’entendre toutes les autres fréquences du spectre d’une manière normale. La thérapie d’intégration auditive vise le traitement de problèmes de distorsion auditive, d’hypersensibilité auditive et de traitement sensoriel qui causent un malaise et de la confusion chez enfants en difficulté d’apprentissage et ayant un retard de développement. L’intégration auditive vise à rééduquer le système auditif de ceux qui présentent un trouble de discrimination auditive ou une perception auditive anormale.

La thérapie d’intégration auditive est un processus d’amélioration de l’audition. La recherche sur l’autisme suggère que les personnes ayants des troubles du spectre de l’autisme présentent des dysfonctionnements sensoriels, ce qui les rend hypersensibles ou hyposensibles à certaines stimulations sensorielles. Si un enfant perçoit son environnement d’une manière déformée, cela aura vraisemblablement une incidence sur son comportement. Certaines personnes atteintes d’autisme perçoivent les sons avec une telle acuité que leur environnement sonore devient écrasant et intimidant. Leur hypersensibilité auditive peut les amener à vivre en retrait, à crier pour assourdir le son ou, encore, à produire d’autres réactions comportementales extrêmes.

Traitement

Lors des tests audiométriques, on remarque chez les personnes atteintes d’autisme des pics d’audition ou des réponses d’hypersensibilité à certaines fréquences. Cela signifie que leurs systèmes sensoriels perçoivent certains sons comme étant douloureux ou désagréables. La thérapie d’intégration auditive utilise un équipement spécial qui randomise et filtre les hautes et les basses fréquences et les niveaux d’intensité. Les personnes atteintes d’autisme peuvent ainsi écouter une musique dont on a filtré les fréquences désagréables, ce qui permet à leur audition de s’ajuster et d’aplanir les pics auditifs d’hypersensibilité. Dans la pratique, la personne écoute de la musique filtrée (modulée électroniquement) pendant dix heures sur une période de dix jours.

Dans le cadre de la rééducation auditive du Dr Bérard, on utilise un appareil pour sélectionner électroniquement les hautes et les basses fréquences d’une musique. La personne soumise au traitement entend les sons obtenus dans son casque d’écoute. Si son audition présente des pics auditifs, les fréquences correspondant à ces pics sont filtrées complètement ou partiellement. Des filtres installés sur l’appareil d’intégration auditive amortissent les fréquences auxquelles la personne est sensible. Le Dr Bérard croit qu’on peut rééduquer le système auditif et égaliser les pics et les creux auditifs mis en évidence sur l’audiogramme.

Les personnes sont soumises à une évaluation audiométrique avant l’inscription au cours d’intégration auditive. Le but de l’examen audiométrique est de déterminer la présence d’une hypersensibilité auditive. Si l’examen audiométrique des seuils d’audibilité graphiquement représentés révèle des pics d’audition à certains niveaux de fréquence, l’enfant devient candidat à l’intégration auditive.

La formation est dispensée au moyen d’un casque d’écoute. L’enfant doit donc tolérer le port d’un tel casque dans un espace confiné (mouvement minimal) pendant 30 minutes à la fois. Des modifications aux règles peuvent être apportées, mais elles ne sont ni encouragées ni approuvées. Avant la formation, on incite les parents à habituer leur enfant au port d’un casque d’écoute pour écouter de la musique. Pour de meilleurs résultats, il faut cesser le travail, l’école, le camp ou toute activité exigeante sur les plans mental ou physique durant la thérapie d’intégration auditive.

Selon la Dre Jane Madell, une audiologiste, la personne atteinte d’autisme entend une musique quelque peu discordante en raison de modifications aléatoires des hautes et des basses fréquences qui entraînent un déséquilibre constant des tonalités. Ce déséquilibre empêche la personne atteinte d’autisme d’anticiper les sons/les notes. La musique qu’elle entend sonne plutôt bizarre. Durant les cinq premières heures de traitement, on applique les mêmes niveaux sonores aux oreilles droite et gauche. Pour les personnes avec une déficience du langage ou de la communication, le niveau sonore est réduit dans l’oreille gauche pendant les cinq dernières heures du traitement afin d’améliorer la qualité du son entrant dans l’hémisphère gauche. L’objectif est de stimuler un meilleur développement de l’hémisphère gauche, celui-ci étant responsable de la parole et du langage.

À l’issue du traitement, on mène une autre évaluation audiométrique. Dans certains programmes, on remplit également un audiogramme à mi-chemin (après cinq heures de traitement). Ces évaluations auditives ont pour but de déterminer si les pics auditifs sont toujours présents et si de nouveaux pics auditifs sont apparus. À la fin de la thérapie d’intégration auditive, la disparition des pics auditifs indique que la personne perçoit toutes les fréquences sonores d’une manière égale.

Les personnes qui présentent des indices d’hypersensibilité auditive semblent être de meilleurs candidats à la thérapie d’intégration auditive. Le fait qu’une personne se couvre ou se tienne constamment les oreilles est la preuve évidente d’une telle hypersensibilité. La présence de pics sur un audiogramme est également un bon indicateur des avantages potentiels de la thérapie d’intégration auditive.

La Dre Cécile Wuarin, une psychologue ayant travaillé avec le Dr Bérard, estime que les parents devraient bénéficier de consultations avant et après le traitement afin qu’on puisse leur apprendre à reconnaître les changements auxquels ils peuvent s’attendre chez leur enfant, puis à y réagir d’une manière constructive (p. ex., augmentation de la durée d’attention). Si une personne a une courte durée d’attention, on ne devrait pas avoir de mal à l’éloigner d’un jouet ou d’une tâche. Toutefois, si une personne a une durée d’attention plus longue, elle sera plus tenace et son attention sera plus difficile à rediriger.

Parmi les autres changements de comportement possibles, mentionnons une augmentation des comportements émotionnels (p. ex. colère, pleurs, réaction aux pleurs d’autres personnes), l’indépendance (p. ex. départ d’un lieu sans permission) et la croissance sociale (p. ex. interaction accrue). La Dre Wuarin stipule que si le participant change, la famille doit aussi changer la façon dont elle perçoit et interagit avec son enfant. Une incapacité à changer est évidente lorsque des parents déclarent que leur enfant « leur tombe sur les nerfs », car il ne fonctionne plus comme auparavant.

L’un des objectifs de la thérapie d’intégration auditive est d’amener le patient à agir d’une manière plus adaptée et plus appropriée pour son âge. La reconnaissance de cet objectif est essentielle (p. ex. un enfant de 18 ans qui veut aller au lit à 23 heures au lieu de 20 heures). Étant donné que notre façon de comprendre et d’aider les personnes atteintes d’autisme est très différente de notre façon de comprendre et d’aider les personnes présentant d’autres troubles (p. ex. retard mental), une consultation doit être menée avant et après le traitement par des professionnels ayant une expérience de travail auprès des personnes ayants des troubles du spectre d’autisme.

La thérapie d’intégration auditive comporte plusieurs volets dont l’audiologie, l’analyse et la gestion des comportements, l’éducation et la consultation post-traitement menée auprès du patient et de sa famille. Les résultats les plus satisfaisants peuvent être obtenus lorsque la thérapie d’intégration auditive s’inscrit dans une approche multidisciplinaire. La Society for Auditory Integration Techniques (SAIT) recommande une équipe multidisciplinaire incluant notamment des spécialistes en audiologie, en psychologie, en éducation spécialisée et en orthophonie/logopédie.

Résultats thérapeutiques

Les parents qui ont bénéficié d’une thérapie d’intégration auditive ont remarqué diverses améliorations chez leur enfant. Certains estiment que cette thérapie a eu une faible incidence sur son comportement. Les avantages varient dans chaque cas, mais voici des exemples d’aspects comportementaux améliorés par la thérapie, tels qu’ils sont décrits dans la documentation scientifique et le matériel promotionnel :

  • amélioration de l’attention aux stimuli auditifs et meilleure compréhension de ces derniers;
  • amélioration de la mémoire sur les détails routiniers;
  • amélioration des aptitudes organisationnelles;
  • amélioration du comportement social, de l’interaction et du contact visuel;
  • plus grande conscience de l’environnement;
  • accroissement de la communication; moins d’écholalies et plus longues structures de phrases;
  • diminution de la sensibilité aux sons;
  • diminution des comportements répétitifs, de l’impulsivité et de la distractibilité;
  • diminution de l’irritabilité, des cris et des crises;
  • diminution de la léthargie et du laisser-aller.

Des avantages additionnels de la thérapie ont été mis en évidence dans le cadre d’études restreintes portant sur des procédures de tomographie par émission de positons (TEP) pour documenter les changements physiologiques de l’activité corticale. Par exemple, une fois sa thérapie d’intégration auditive terminée, un garçon a affiché une diminution de l’hypermétabolisme au niveau des lobes frontaux de son cerveau et un accroissement de l’activité de son lobe occipital. Des observations de son comportement indiquent une concentration améliorée et une attention soutenue en classe.

Les Drs Bernard Rimland et Stephen M. Edelson ont mené quatre études sur la thérapie d’intégration auditive, la première étant une étude pilote à l’insu avec placebo à laquelle 17 enfants ont participé. Huit enfants du groupe expérimental ont reçu une thérapie d’intégration auditive et neuf enfants du groupe témoin ont écouté la même musique, mais celle-ci n’avait pas été modifiée électroniquement. Les enfants ont d’abord passé ce test avant le traitement, puis dix jours après le traitement et tous les trois mois par la suite. Les chercheurs ont constaté que le groupe expérimental avait obtenu des résultats de beaucoup supérieurs sur la Fisher’s Auditory Problems checklist et la Aberrant Behavior Checklist. Certaines personnes ont montré des améliorations durant la période de traitement ou immédiatement après. D’autres ont montré des améliorations des jours, des semaines et même des mois après le traitement.

Avantages / inconvénients

Même si la thérapie d’intégration auditive est avantageuse pour certains enfants atteints d’autisme, son coût, ou le manque de praticiens disponibles peut la rendre inaccessible.

Les enfants de moins de quatre ans ne devraient pas suivre une thérapie d’intégration auditive car, avant cet âge, certains muscles et structures de l’oreille moyenne et du cerveau ne sont pas complètement formés et établissent encore des connexions de base. Une thérapie d’intégration auditive pourrait leur faire plus de mal que de bien.

Les séances nécessitent un casque d’écoute ajusté autour des oreilles. Certains enfants atteints d’autisme doivent être amenés progressivement à supporter le port d’un tel casque avant le début des séances. On évitera ainsi une réaction de défense à la sensation tactile ou une sensibilité.

L’enfant doit rester assis assez calmement durant la séance de 30 minutes. Ses mains ne doivent pas être occupées à des tâches exigeant de la réflexion et de l’attention. Si un enfant ne peut pas rester assis pendant une longue période, on peut lui donner quelque chose à manger ou à boire plutôt que des livres ou des puzzles. De cette manière, l’enfant pourra se concentrer sur la musique et non sur une autre tâche cognitive.

La présence d’une otite moyenne et de tubes de ventilation est assez fréquente chez les jeunes enfants. Les enfants qui portent des tubes de ventilation ou qui présentent une infection de l’oreille ne doivent pas recevoir une thérapie d’intégration auditive, car cela pourrait être douloureux pour eux ou inefficace. Le son peut être déformé ou se déplacer s’il circule dans un tube de ventilation ou un liquide au lieu de frapper directement le tympan.

Il ne faut pas s’attendre à ce que la thérapie d’intégration auditive donne des résultats immédiats, et il peut être difficile de déterminer si les changements constatés sont dus à une plus grande maturité, à l’intégration auditive ou à une combinaison de facteurs ou d’interventions. Une régression du comportement est également possible au cours de la formation, mais cela devrait se résoudre rapidement après la thérapie.

Certains parents ont été informés du fait que l’effet thérapeutique pouvait s’estomper et que la thérapie devrait être répétée périodiquement. Or, les avantages de la répétition d’une thérapie sont encore méconnus. La répétition d’une thérapie n’est pas être nécessaire dans la majorité des cas. Si des indices laissent suggérer le contraire, il faut que les parents attendent au moins neuf mois avant la répétition de cette thérapie chez leur enfant.

La thérapie s’adresse aux personnes atteintes d’hypersensibilité auditive et qui veulent se désensibiliser aux stimuli auditifs. Elle est cependant aussi utilisée pour des personnes atteintes d’autisme qui ne présentent aucune hypersensibilité auditive. L’avantage d’une thérapie d’intégration auditive pour les personnes qui ne présente pas d’hypersensibilité auditive est extrêmement discutable d’un point de vue éthique. L’espoir de « guérir » l’autisme au moyen de la thérapie d’intégration auditive ne s’est pas concrétisé, même de manière anecdotique. Il est irresponsable de recommander ou de mener cette thérapie pour une personne ne présentant pas les symptômes visés par l’intégration auditive.

Les personnes offrant la thérapie d’intégration auditive sont souvent peu formées et qualifiées pour effectuer ou interpréter les mesures audiométriques. Pour être un praticien, il suffit d’avoir les moyens financiers d’acheter le matériel et d’assister à des séminaires sur la façon de le faire fonctionner. Non seulement la science de l’audition (l’audiologie) n’est pas une condition préalable, mais il arrive qu’il n’en soit même pas question durant la formation.

Depuis que la thérapie d’intégration auditive a été créée il y a une décennie, plusieurs modifications ont été apportées à l’équipement. Cependant, les données d’étalonnage de l’équipement sont généralement imprécises en ce qui concerne les tolérances, le filtrage et les niveaux de sortie. En l’absence de données d’étalonnage précises de l’équipement, il est possible d’infliger de réels dommages auditifs. Un enfant pourrait subir des dommages irréparables sur le plan de l’acuité auditive s’il était exposé à des stimuli auditifs intenses en l’absence d’un contrôle approprié de l’équipement.

Il faudra mener d’autres recherches afin que nous puissions comprendre le véritable fonctionnement de la thérapie d’intégration auditive. Les études sur les risques que présente cette thérapie ainsi que ses avantages et ses résultats sont insuffisantes. Les parents qui font appel à la thérapie d’intégration auditive pour leur enfant le font moyennant des investissements de temps et d’argent considérables. Des études d’efficacité n’ont pas été menées pour déterminer si de tels investissements étaient justifiés..

Références

  • Facing Autism, Lynn M. Hamilton Waterbrook Press 2000
  • The Source for Treatment Methodologies in Autism Linguisystems Inc., 2000
  • Stephen M. Edelson, Ph.D. Center for the Study of Autism, Salem, Oregon

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